Neige

By Paul Valéry

Written 1942-01-01 - 1942-01-01

Quel silence, battu d’un simple bruit de bêche !…

Je m’éveille, attendu par cette neige fraîche

Qui me saisit au creux de ma chère chaleur.

Mes yeux trouvent un jour d’une dure pâleur

Et ma chair langoureuse a peur de l’innocence.

Oh ! combien de flocons, pendant ma douce absence,

Durent les sombres cieux perdre toute la nuit !

Quel pur désert tombé des ténèbres sans bruit

Vint effacer les traits de la terre enchantée

Sous cette ample candeur sourdement augmentée

Et la fondre en un lieu sans visage et sans voix,

Où le regard perdu relève quelques toits

Qui cachent leur trésor de vie accoutumée

À peine offrant le vœu d’une vague fumée.