Nénies royales
Written 1884-01-01 - 1884-01-01
J’ai contemplé la race auguste et fortunée
De Bragance et Bourbon. O regrets superflus !
O désespoir ! ô race à la mort condamnée !
Je n'ai fait que passer, ils n'étaient déjà plus !
Cinq infans fleurissaient sur cette tige auguste.
Jeunes et beaux, pareils aux infans de Lara,
Pareils à ces fruits d’or que le passant déguste
Dans les jardins fleuris du palais de Cintra.
Ils embaumaient les airs, ils enivraient la vue,
Ils étaient le parfum, ils étaient la beauté.
Ils couvraient le sentier de leur ombre imprévue ;
Le rossignol chantait auprès d’eux, tout l’été.
Le voyageur charmé ne pouvait sans envie
Détacher son regard de cette tige en fleurs.
Quelle moisson d’amour leur promettait la vie !
Quel avenir de gloire et de paix ! O douleurs !
La mort qui les guettait vers la plus haute branche
Abaissa sa main lourde et cueillit le fruit d’or,
Et depuis cet instant, le jardin pleure encor
Les beaux fruits rayonnans et perdus sans revanche.
Le rossignol muet se cache dans les bois.
Les chênes ne sont plus visités des colombes.
Le lys a dépouillé le blanc manteau des rois.
Le rosier ne veut plus fleurir que sur les tombes.
Il renaîtra pourtant, le beau printemps vermeil,
Il renaîtra sans eux, et mon cœur s’en irrite ;
Mais le peuple égaré ne croit plus au réveil
De la nature, à moins que son roi ressuscite.
O peuple, il renaîtra, j’en atteste Louis,
J’en atteste ce père, infortuné monarque,
Dont j’ai vu le bonheur de mes yeux éblouis.
Et dont les pleurs sans fin n’ont pu fléchir la Parque !
Bon peuple, il renaîtra !… Ce n’est pas vainement
Que tes pleurs ont coulé, profonds comme le Tage :
Dieu, qui sait mesurer les forces au courage.
Doit un bonheur égal à ton accablement !
Et de ces trois tombeaux, par un destin bizarre.
Tu sortiras plus jeune et fort comme autrefois.
Ayant vaincu la mort et ressaisi tes droits.
Peuple ressuscité comme un nouveau Lazare !