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By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1901-01-01 - 1901-01-01

Pourquoi, toi qui viens au miroir à ma rencontre,

Qui te revêts de noir comme d'un deuil d'ennui,

Pourquoi, triste avec tes grands yeux remplis de nuit

Et ta bouche enfantine close trop bien close,

Sans rire adolescent qui pouffe malgré lui,

Pourquoi, triste avec tes grands yeux remplis de nuit

venir à moi muette et le front si morose ?

Si jeune !… Te faut-il pour consoler ton mal

Un bouquet ? Un bijou d'enfant qui te décore ?

Si jeune !… Te faut-il pour consoler ton mal

Un jeu, toi que le jeu doit faire rire encore,

Que, presque, bercerait le geste maternel,

Qui ne dois pas savoir, bouche en fleur, yeux d'aurore ?

Un bouquet, un bijou d'enfant qui te décore,

Est-ce là ce qu'il faut à ce deuil solennel ?

… Ah ! dis-le que ta bouche est fleur empoisonnée

Pour avoir déjà ri gouaille et cruauté ;

Ah ! dis-le que ta bouche est fleur empoisonnée !

Toi qu'on juge espérance et puérilité,

Dis-le que tes grands yeux étonnés ne s'étonnent

Plus de rien pour avoir trop vu l'humanité ;

Toi qu'on juge espérance et puérilité,

Dis, dis, ah ! dis tes mains dans le noir qui tâtonnent !

Dis que ton deuil est deuil de tout ce qui n'est plus,

Espoir, illusion, candeur, charme de vivre.

Dis que ce deuil est deuil de tout ce qui n'est plus !

Toujours en mains, jamais fermé, toujours ce livre,

Dis qu'il est un dernier asile au cœur très vieux

Attendant en lisant que la mort le délivre,

Toujours en mains, jamais fermé, toujours ce livre

Où se penche ton front lourd de jeunes cheveux !