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By Félix Frank
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Comme je n’ai jamais caché ma haine intense
Pour ce faux Bonaparte, ombre de Verhuell,
Ni parmi ses valets chanté la Reine Hortense,
Pour le honnir à l’heure où se couvrait le ciel,
Je puis jeter au vent ces hymnes de colère,
Nés de l’âpre rancœur de plus d’un jour cruel !
Car, bien qu’on ait brisé sa couronne, et qu’il erre
Loin de nos vieux palais, spectre inerte et courbé,
Rien ne doit le sauver du mépris séculaire :
Pour lui frayer la route, à ce bourreau tombé,
Que de grands cœurs sont morts dans la bataille ardente
Dans l’horreur des cachots combien ont succombé !
Sait-on quel long troupeau de fantômes le hante,
Lorsqu’il rêve, le soir, à son passé hideux,
Cauchemar où Callot fait reculer le Dante !
Ceux qui parlent d’oubli n’ont ils pas vu près d’eux
Se dresser les martyrs de vingt ans de souffrance ?
Décembre est-il si loin qu’on détourne les yeux ?
Ah ! la pitié pour lui serait une espérance ;
Décembre reviendrait avec l’homme fatal…
Qu’il soit nommé partout l’assassin de la France !
— Pourtant, lorsque j’ai vu crouler son piédestal,
Par la fraude et le meurtre édifié naguère,
J’aurais dit : « Oublions cet ouvrier du mal
Et sa pourpre d’emprunt que le Destin lacère» ;
Et toi, qui l’attendais, Némésis aux aguets,
Tu salûrais sa fin, — et, pensive et ta sphère,
Tu faiblirais, Justice, ô toi que j’invoquais,
S’il avait eu, farouche et traqué par la guerre,
La chute d’un soldat, non celle d’un laquais !