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By Félix Arvers
Written 1833-01-01 - 1833-01-01
Ici l'auteur prévient les mères de famille,
Les oncles et tuteurs, que cet acte fourmille
De passages scabreux et de vers immoraux :
L'auteur s'est vu contraint de mener son héros
Dans certain mauvais lieu d'une certaine rue
Où se dit et se fait mainte chose incongrue :
Ainsi vous entendez ; ainsi, grands et petits,
Tenez-vous tous pour bien et dûment avertis ;
Si vous craignez l'effet de lectures pareilles,
Abandonnez le livre ou bouchez vos oreilles.
Mais pourquoi, dira-t-on, vous mettre dans le cas
De blesser la pudeur des esprits délicats ?
Grâce aux progrès nouveaux de la littérature,
Les livres de ce temps sont d'étrange nature.
Et la chose est au point qu'on ne répondrait plus
D'une jeune personne après les avoir lus !
— Si des livres nouveaux le ton vous scandalise.
Quelle nécessité qu'une vierge les lise ?
Est-ce qu'une œuvre d'art a la prétention
D'être un cours de morale et d'éducation ?
Non que j'approuve au moins ce barbouillage obscène
Qui déborde aujourd'hui la peinture et la scène !
L'art n'est pas éhonté, mais croyez qu'en effet
Notre étroite pudeur n'est pas du tout son fait :
L'art n'est pas fait pour vous, mesdames les comtesses
Il s'accommode mal de vos délicatesses ;
Pour vous, prudes beautés, bégueules de salon,
Qui n'osez regarder en face l'Apollon,
Qui jetez un manteau sur les lignes hardies
De la Vénus antique aux formes rebondies,
Et, dans tous nos jardins, mettez par chasteté
Une feuille de vigne à chaque nudité.
L'art n'est pas, comme vous, une maigre poupée
Prétentieusement attifée et crêpée ;
Il n'est pas petit-maître, et ne sait ce que c'est
Qu'emprisonner sa taille en un étroit corset ;
C'est un athlète nu, libre dans son allure,
Étalant au soleil sa puissante encolure,
Et devant ses rivaux marchant avec fierté
Dans toute sa jeunesse et sa virilité !
Si quelqu'une de vous, molles Asiatiques,
Ne peut voir sans rougir ces formes athlétiques,
Quittez-moi promptement le Cirque, et retournez
Chercher dans l'Orient vos jeux efféminés ;
Mais nous, trempés à l'eau des célestes fontaines.
Nous qui venons des Dieux, et qui sommes d'Athènes,
Laissez-nous, laissez-nous demeurer spectateurs
De cette grande lutte entre ces beaux lutteurs !
Nous voulons être là quand la muse Thébaine
Chantera le vainqueur sur sa lyre d'ébène ;
Et quand il reviendra, superbe et triomphant,
Dans son pays natal, tout fier d'un tel enfant.
Nous voulons nous mêler à ces cris d'allégresse
Que redira l'écho du beau ciel de la Grèce,
Et voir le pan de mur que l'on renversera
Pour faire entrer le char qui le ramènera !