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By Jacques Normand

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Oh ! que c’est triste et froid les grand’gardes, la nuit !

Que le temps semble long, quand on est seul, sans bruit,

Dans un champ, au milieu de l’immensité sombre !

Et les réveils soudains, les alertes sans nombre !

« Aux armes ! aux créneaux ! » On écoute, on attend,

Et puis rien. — Fatigué, de nouveau l’on s’étend,

La tête sur le sac et maudissant la guerre.

S’endort-on : Aussitôt une main peu légère

Vous pousse, vous secoue ; aussitôt une voix

Vous dit : « C’est votre tour ; allons, numéro trois »

Le pauvre numéro bâille, ouvre la mâchoire,

Se lève en murmurant : « Dieu, que c’est beau, la gloire ! »

Mais quand le ciel pâlit, quand sur les prés déserts

Le brouillard du matin glisse, et que dans les airs

Scintillent les rayons de l’aurore orangée,

Adieu fatigue, ennui : de l’âme soulagée

Le découragement s’envole sans retour,

Comme la nuit s’envole aux premiers feux du jour.