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By Henri Barbusse

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

Laissons l'âpre reflux monter de toutes parts.

Laissons l'orage et les cités, — laissons la terre,Laissons l'orage et les cités, — laissons la terre,

Laissons les pays forts au vol traînant des chars.

Quittons les palais d'or et les tombes de marbre,

Allons dans le pays mélancolique et bleuAllons dans le pays mélancolique et bleu

Où les grands luths d'airain sont suspendus aux arbres.

Là, nous verrons des cieux paisibles et des lacs,

Des collines avec de grands lis aux fleurs droites,Des collines avec de grands lis aux fleurs droites,

L'eau grise où descend l'ombre immobile des bacs.

Nous verrons des dieux forts et des déesses nues

Troubler dans les bosquets sombres des grands lauriersTroubler dans les bosquets sombres des grands lauriers

Le sommeil nuptial des forêts inconnues.

Dans ce pays divin pâle comme le ciel,

Nous verrons s'attendrir le soleil pacifiqueNous verrons s'attendrir le soleil pacifique

Que nous voulions jeter dans l'azur du réel.

Quand nous aurons marché très longtemps sur ces grèves

Près de l'océan calme et des horizons bleus,Près de l'océan calme et des horizons bleus,

Nous n'aurons pas cessé de regarder nos rêves.

Dans l'extase, l'amour et le recueillement,

Dans la conception d'un idéal unique,Dans la conception d'un idéal unique,

Nos âmes se seront jointes exactement.