Noël

By Paul Verlaine

Written 1892-01-01 - 1892-01-01

Petit Jésus qu’il nous faut être,

Si nous voulons voir Dieu le Père,

Accordez-nous d’alors renaître

En purs bébés, nus, sans repaire

Qu’une étable, et sans compagnie

Qu’une âne et qu’un bœuf, humble paire ;

D’avoir l’ignorance infinie

Et l’immense toute-faiblesse

Par quoi l’humble enfance est bénie ;

De n’agir sans qu’un rien ne blesse

Notre chair pourtant innocente

Encor même d’une caresse,

Sans que notre œil chétif ne sente

Douloureusement l’éclat même

De l’aube à peine pâlissante,

Du soir venant, lueur suprême,

Sans éprouver aucune envie

Que d’un long sommeil tiède et blême…

En purs bébés que l’âpre vie

Destine, – pour quel but sévère

Ou bienheureux ? – foule asservie

Ou troupe libre, à quel calvaire ?