Normannia devaitata
By Henri Vendel
Written 1945-01-01 - 1945-01-01
Terre dont j'aimais jusqu'aux touffes d'herbe,
toi qui m'as offert la vie et le lait,
mère de Flaubert, Corneille et Malherbe,
quel fléau de feu te bat comme blé ?
Les siècles brodaient de claire dentelle
les coiffes à jour de tes hauts clochers.
Tes calmes cités s'endormaient, rebelles
à remémorer de lointains bûchers.
Tu berçais la paix; sur ta gorge grasse,
tes plages aimaient le jeu des baigneuses
et ta chair en fleur n'était jamais lasse
de nourrir la joie d'une foule heureuse.
Ah quel poing barbare a frappé ton front
et taché de sang plaines et collines
Tu fanais naguère en cette saison,
tes bœufs se couchaient sous la haie d'épines
et le même calme était en leur yeux
qu'aux songes rusés de tes paysans.
Entre fleuve et mer tu buvais les cieux,
plus jeune toujours du baiser des ans.
Quelle faux de mort maintenant te fauche ?
Tes murs tombent dru comme l'herbe au pré,
ton peuple s'enfuit de droite et de gauche.
Qui, dans ce chaos, te reconnaîtrait ?
Nous n'avons pas su te défendre, mère.
Nous avons perdu le bel héritage
qu'avec tant d'amour nos pères laissèrent.
Tes cloches fondues par le feu sauvage,
tes cloches en nous sonneront leurs glas.
Nos âmes en deuil sont comme des claies
où la guerre traîne un funèbre amas
d'arbres, de manoirs, de morts et de plaies.
Ah ! qui nous rendra l'élan des Vikings
et des bâtisseurs de voûtes sacrées
pour aller, vaillants, même en tes ruines,
comme va l'abeille en tes pommeraies !