Nos morts nous aident

By Victor Laprade

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

L’homme n’est jamais seul dans sa peine ou sa joie :

Des témoins, des amis, sont là, sans qu’il les voie ;

Un regard attentif nous observe en tout lieu :

Le regard de nos morts après celui de Dieu.

Vivons avec nos morts, et prenons-les pour juges ;

Ayons-les chaque soir pour conseils, pour refuges ;

Sachons que nos combats sont livrés sous leurs yeux,

Qu’un secours éternel nous vient de nos aïeux,

Et qu’à travers les temps chaque effort méritoire

Établit d’eux à nous un partage de gloire.

Non, la mort ne rompt pas pour le père et l’enfant

Le commerce du faible avec le triomphant ;

Ils peuvent s’entr’aider vaillamment l’un et l’autre,

Et les mondes meilleurs touchent encore au nôtre.

J’assisterai d’en haut à vos moindres soucis,

Au nom de votre père ils seront adoucis ;

Et, grâce à vous, le Dieu qu’on prie et qui pardonne,

Chers petits, me rendra plus que je ne vous donne.

Ayez dans votre cœur, ayez vos morts présents ;

Les pleurs qu’on donne aux morts sont des pleurs bienfaisants

Gardez-moi bien, amis, ma place tout entière,

Et ma si douce part d’amour et de prière,

Et cet autel secret chaque soir rallumé…

Ainsi que je les garde à l’aïeul tant aimé.

Heureux qui vit dans l’ombre, à ses tombeaux fidèle,

Et trouvant chez ses morts son guide et son modèle ;

Une chaîne d’aïeux, c’est une chaîne d’or

Qui s’enlace à nos flancs et nous dirige encor,

Et par qui, sans broncher, soutenus à la taille,

Nous marchons droits et forts à travers la bataille ;

Par qui l’on prend au ciel un invincible appui,

Par qui Dieu nous soulève et nous attire en lui.