Nostalgie de soleil

By Maurice Rollinat

Written 1899-01-01 - 1899-01-01

Quel poèle évoquera le rose des bruyères,

Le lézard des vieux murs, la mouche des étangs,

Et le petit rayon qui vient, tout le beau temps,

Rire au carreau crasseux de la vieille chaumière ?

Les végétaux chambrés, le fleuri, la verdure

De ces jardins vitrés plus chauds que des maisons

Et tout le trompe-l'œil des tapis, des tentures

Voulant singer les rocs, les arbres, les gazons,

Accusent mieux, l'hiver, leur piteuse imposture

Alors que l'on regrette avec tant de douleur

Le soleil qui faisait éclater la couleur,

Flamber le verdoîment dans toute la nature !

Hélas ! bien avant l'heure où l'astre roi, l'été,

De sa pourpre de sang rend les plaines rougies,

Dès l'automne déjà s'impose la clarté

Des mélancoliques bougies.

Tout seul, à leur lueur si blême,

On a l'air de veiller un mort.

Sans compter que, parfois encor,

On dirait presque — horreur suprême ! —

Que ce défunt-là c'est soi-même.

Chaque retour d'hiver cause un frisson nouveau

Avec ce jour de crépuscule,

Ce sol humide de caveau

Où nul insecte ne circule

Et qui paraît sous l'ombre abaisser son niveau.

Au dur tic tac de la pendule

Le corps moisit, se caille ainsi que le cerveau.

Nos jours plus obscurcis devant le bois qui brûle

Dévident l'incertain de leur maigre écheveau.

Mais que le froid sèche ou s'endorme,

Et que le ciel s'allume, alors ! tout se transforme

En notre âme, ce sphinx inquiet, noir problème,

Louche énigme pour elle-même

Dans sa prison d'humanité !

Pour cette renfermée, au ténébreux martyre,

Le Soleil, c'est le bon sourire,

C'est l'œil compatissant de la Fatalité !