Nous voilà tous

By Théodore Banville

Written 1878-01-01 - 1878-01-01

Mère, nous voilà tous, moi ton fils, qui te fête,

Et celle qui pour moi Dieu lui-même avait faite,

Et l'enfant adoré qui porte dans ses yeux

Un monde qui s'agite, encor mystérieux,

Et toi, tu nous bénis, o ma chère nourrice !

O mère, que toujours l'espoir en toi fleurisse !

Nous ne sommes pas seuls à baiser doucement

Ta tête calme où luit comme un éclair charmant.

Car lorsque dans le ciel grandit l'aube vermeille,

Le murmure étouffé de tout ce qui s'éveille

Court sur les arbres nus et sur les claires eaux.

L'air est plein du frisson des ailes des oiseaux

Et des âmes des morts et du souffle des Anges ;

Celui vers qui toujours monte un flot de louanges

Et qui de nos douleurs a fait des voluptés,

Nous dit alors tout bas : Voici l'heure. Écoutez.

Et plus faibles qu'un vol d'abeilles sur les mousses,

Nous entendons les voix qui nous semblaient si douces

Jadis ; car rien ne meurt, la tombe n'a rien pris

De la clarté sereine et pure des esprits,

Et Dieu, qui les créa dans leur splendeur première,

N'a pas fait du néant avec de la lumière.