Nuit fantastique

By Maurice Rollinat

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

Tandis que dans l'air lourd les follets obliques

Vaguent perfidement au-dessus des trous,

Les grands oiseaux de nuit au plumage roux

Poussent lugubrement des cris faméliques,

Diaboliques

Sur les houx.

Des carcasses, cohue âpre et ténébreuse,

Dansent au cimetière entre les cyprès ;

Tout un bruissement lointain de forêts

Se mêle au choc des os — plainte douloureuse. —

Le vent creuse

Les marais.

Entendez-vous mugir les vaches perdues,

Sur un sol hérissé d'atroces cailloux

Qui percent leurs sabots comme de grands clous ?

Oh ! ces beuglements ! Les pauvres éperdues

Sont mordues

Par les loups !

Sous les vents, le bateau qu'enchaîne une corde

Au rivage pierreux crève son vieux flanc.

Le chêne formidable en vain s'essoufflant

Succombe : il faut que sous l'effroyable horde

Il se torde

En hurlant.

La nuit a tout noyé, mer ensorcelante,

Berçant le rêve au bord de ses entonnoirs,

La lune, sur l'œil fou des grands désespoirs,

Ne laisse pas filtrer sa lueur parlante.

O nuit lente !

O cieux noirs !