Nuit tombante

By Maurice Rollinat

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

Les taureaux, au parfum

De la mousse,

Arpentent l'herbe rousse,

Et chacun

Beugle au soleil défunt ;

La rafale qui glousse

Se trémousse

Dans l'air brun.

Et le ravin cruel,

Sourd et chauve,

A l'humidité fauve

D'un tunnel ;

Et comme un criminel,

Le nuage se sauve,

Gris et mauve,

Dans le ciel.

Des saules convulsés

Et difformes,

Des trous, des rocs énormes,

Des fossés,

Des vieux chemins gercés,

Des buissons multiformes,

Et des ormes

Crevassés,

De l'eau plate qui dort

Dans la terre,

Noire et plus solitaire

Qu'un remord :

Un long murmure sort,

Un long murmure austère

De mystère

Et de mort.

Au clapotis que font

Les viornes,

Sous la voûte sans bornes

Et sans fond,

Tout s'éloigne et se fond ;

L'ombre efface les cornes

Des bœufs mornes

Qui s'en vont.

Et l'escargot sans bruit

Rampe et bave ;

L'obscurité s'aggrave,

Le vent fuit ;

Et l'oiseau de minuit

Flotte comme une épave

Dans la cave

De la nuit.