Occidentale deuxième
Written 1857-01-01 - 1857-01-01
Un jour Dumas passait : les divers gens de lettres
Devant son gousset plein s'inclinaient à deux mètres,
En murmurant : " ils sont trop verts ! "
Un mirecourt soudain, fait comme un vilain masque,
Fendit la foule, prit son twine par la basque,
Et lui fit cette scie en vers :
" Alexandre Dumas, compresse de la presse,
Emplâtre universel posé sur sa détresse,
Moxa qu'elle se met partout,
Écoute-moi, pacha de ces maquets sans nombre,
Ombre de Scudéry, qui de gigogne est l'ombre,
Tu n'es qu'un pitre et qu'un Berthoud !
" tu gâtes le papier de quatre Lamartines.
Comme un féval trop plein tu répands tes tartines
Sur Carpentras et Draguignan ;
Ta machine à vapeur fait marcher trois cents plumes
Et tu fais un gâchis en trente-deux volumes
Des mémoires de d'Artagnan.
" mais ton jour vient. Il faut dans le siècle qui tombe,
Que le premier-Paris sous lui creuse ta tombe !
Dieu te garde un carcan de bois
Dans la démocratie, un journal de dentiste,
Dans les entre-filets du globe, et dans l'artiste,
Feuille qui paraît quelquefois !
" porcher te dira : zut ! Dans le format du times
Tes vieux ours écriront les noms de tes victimes ;
Tu les entendras te crier :
Mort et damnation ! Et te traiter de cancre,
Tous ces fœtus caducs, ces vieux ours teints de l'encre
Qui n'est plus dans ton encrier !
" ceci t'arrivera, Yacoub, sans que Chambolle,
Solar ni Girardin te soldent une obole
Sur le dernier trimestre échu ;
Lors même que Dumas, ainsi qu'abdolonyme,
Vieux et plantant ses choux, prendrait le pseudonyme
De Falempin ou Barbanchu ! "
Dumas avait un jonc en bois de sycomore,
Et près de lui Gautier, qui sur la tête more
Fait cinq cent vingt pour son écot :
Docile au mirecourt, il lui laissa tout dire,
Pencha son front rêveur, puis avec un sourire
Fit : " as-tu déjeuné, Jacquot ? "