Occidentale onzième

By Théodore Banville

Written 1857-01-01 - 1857-01-01

Puisque, hormis Couture,

Les professeurs

Qui font de la peinture

Sont des farceurs ;

Puisque ce dogmatiste

Mystérieux

Reste le seul artiste

Bien sérieux ;

Puisque seuls les gens pingres

Ont le dessein

D'admirer encore Ingres

Et son dessin ;

Puisque tout ce qui cause

Dit que la croix

Fut offerte sans cause

À Delacroix ;

Puisque toute la Souabe

Sait que Decamps

N'a jamais vu d'arabe

Ni peint de camps ;

Puisque, même au Bosphore,

Chacun saura

Que Fromentin ignore

Le Sahara ;

Puisque, sous les étoiles,

L'univers n'est

Pas encombré des toiles

Que fait Vernet ;

Puisque l'homme féroce

Nommé Troyon

Ne connaît ni la brosse

Ni le crayon ;

Puisque dans nul ouvrage

Rosa Bonheur

Ne rend le labourage

Avec bonheur ;

Puisqu'on doit sans alarme

Croiser le fer

Contre tous ceux que charme

Ary Scheffer ;

Puisqu'en vain les Osages,

Ont par lazzi

Loué les paysages

De Palizzi ;

Puisque, sans argutie,

On peut nier

L'exacte minutie

De Meissonier

Puisqu'à moins qu'on soit ivre

De très-bon vin,

On ne saurait pas vivre

Près d'un Bonvin ;

Puisque l'on ne réserve

Ni Daumier, ni

L'étincelante verve

De Gavarni ;

Puisqu'il faut les astuces

D'un Esclavon

Pour célébrer les russes

D'Adolphe Yvon ;

Foin des gens qui travaillent

Pour nous berner !

Que tous les peintres aillent

Se promener !

Puisque seul il s'excepte

Avec grand sens,

Ah ! Que Couture accepte

Tout notre encens !

Que lui seul soit Apelle !

Que Camoëns

Ressuscité l'appelle

Aussi Rubens !

Qu'il parle à ses apôtres !

En iroquois !

On ira dire aux autres

De rester cois !

Pose ton manteau sombre

Sur ce qu'ils font ;

Couvre-les de ton ombre,

Oubli profond !

Et poursuis comme Oreste,

Fatalité,

Ce chœur dont rien ne reste,

Couture ôté !