Occidentale première

By Théodore Banville

Written 1857-01-01 - 1857-01-01

Si Limayrac devenait fleur,

Il boirait les pleurs de l'aurore,

Et, penché sur le sein de flore,

Il renaîtrait à ce doux pleur.

Son faux col serait sa corolle,

Et d'un lys aurait la couleur ;

J'en ferais des bouquets à rolle,

Si Limayrac devenait fleur.

Si Limayrac devenait fleur,

Ducuing pourrait, à la chaumière,

L'attacher à sa boutonnière

Et s'en faire une croix d'honneur.

Sur les coteaux et dans les landes,

Enivré d'un rêve enchanteur,

Buloz en ferait des guirlandes,

Si Limayrac devenait fleur.

Si Limayrac devenait fleur,

J'en ornerais, près d'une haie,

La houlette d'Arsène Houssaye :

Je l'arracherais sans douleur.

À côté d'une cucurbite,

Je le cueillerais en l'honneur

De l'éditeur Jules Labitte,

Si Limayrac devenait fleur.

Si Limayrac devenait fleur,

Je le mettrais dedans un vase,

Et quelquefois avec extase

Je l'aplatirais sur mon cœur,

Séduit par son pistil attique,

Peut-être un jeune parfumeur

Nous en ferait de l'huile antique,

Si Limayrac devenait fleur.

Hélas ! Limayrac n'est pas fleur

Et ne peut de parfums de menthe

Enivrer un corset d'amante

Ni l'habit noir d'un rédacteur.

On ne peut faire de pommade

Avec son faux col séducteur :

Jetons au feu cette ballade,

Hélas ! Limayrac n'est pas fleur !