Occidentale troisième
Written 1857-01-01 - 1857-01-01
Véron… tout plein d'insolence
Se balance
Aussi ventru qu'un tonneau,
Au-dessus d'un bain de siège,
Ô barège,
Plein jusqu'au bord de ton eau !
Et le flot, comme une nonne
Qu'on chiffonne,
Sous le profil reflété
De ce sultan ridicule
Se recule,
Se recule épouvanté
Chaque fois que la courroie,
Qui se ploie,
Passe à fleur d'eau dans son vol,
On voit de l'eau qui s'agite
Sortir vite
Son pied bot et son faux col.
Reste ici caché, demeure !
Dans une heure,
Ô spectacle saugrenu !
Comme actéon le profane
Vit diane,
Tu verras Véron… tout nu !
On voit tout ce que calfate
La cravate,
Et son regard libertin
Appelle comme remède
À son aide
Héloïse Florentin !
Mais voyez le sybarite !
Il hésite
À finir ses doux ébats ;
Toujours Véron… se balance
En silence,
Et va murmurant tout bas :
" ah ! Si j'étais en décembre
À la chambre,
J'étonnerais l'univers,
Et je pourrais de mon ombre
Faire nombre
À côté de Monsieur Thiers !
" j'obtiendrais une recette
Grassouillette
Pour avoir bien ânonné,
Et la sinécure molle,
Qui console
Des rigueurs de l'abonné !
" je pourrais sur mon pupitre
Faire, en pitre,
Le bruit traditionnel,
Et, commençant une autre ère,
Ne plus traire
le constitutionnel ! "
Ainsi se parle en monarque
Et s'embarque
Dans un rêve délirant,
Cet ancien apothicaire,
Qui sut faire
Éclore le juif errant !
Et cependant des coulisses
Ses complices
Vont tous prenant le chemin.
Voici leur troupe frivole
Qui s'envole,
Cigare aux dents, stick en main !
En passant chacun s'étonne
Et chantonne,
Et lui dit sur l'air du tra :
" oh ! La vilaine chenille
Qui s'habille
Si tard un soir d'opéra ! "