Ode au roi

By Germain Nouveau

Written 1949-01-01 - 1949-01-01

Mon Roi, au temps où nous sommes

Il se faut attendre à tout !

On ne trouve plus les hommes,

Les rois ne tiennent debout.

Eux aussi dans leur famille

Remontent vers le gorille.

Et déjà tous les François

Sortant de la bonne voie

N'ont d'yeux que pour la monnoie,

Et se rient des justes lois.

Tel que le Fils de Pelée

Tira jadis ses rideaux,

Étant mesure comblée,

Tels les dieux tournent le dos.

Les déesses les imitent ;

Toutes choses périclitent ;

Et tout se meurt du mépris,

Que fait voir en son empire,

De la femme de qui l'ire

Nous doit être un plus haut prix.

Qu'une Reine, loin de Troie,

Chasse aux syrtes inconnus,

Harcèle comme sa proie

Le navire de Vénus !

Soit de mère en roc changée

Une déesse vengée !

Mais quand on a mérité

D'être haï de la nôtre,

Il s'en va de mort bien autre,

Car c'est pour l'éternité !

Sus ! mon Roy, n'agis en traître !

Vois, que suis-je à tes genoux ?

Celle qu'un Meuve a vu naître,

Ramène-la parmi nous.

A la ville, aux champs, au temple,

A toi de donner l'exemple

Que par ailleurs il vous doit,

Me dit le Dieu le plus vite ;

Sinon, aux bords du Cocyte,

Il s'en mordra plus d'un doigt.

Allons-nous tous dans la cendre,

Comme un saint roi nous asseoir ?

Allons-nous tous ne rien prendre,

Comme lui jusques au soir ?

La croûte la plus moisie

Nous sera-t-elle ambroisie ?

Cependant qu'à notre roi

Nous quittons tous notre verre,

Il n'est singe, sur la sphère,

Qui le sache comme toi.

Les puissances souveraines

Se moquent fort des humains.

Fatalité de ses chaînes

Ne leur peut lier les mains.

Vois jà partout la menace

A l'orage faire place ;

C'est à toi de l'écarter

Et de te vite résoudre

A parer les coups de foudre

Que nous garde Jupiter !