Odelette X

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

La douceur de l’aube va par les champsLa douceur de l’aube va par les champs

En moutons qui bêlent ;En moutons qui bêlent ;

Toutes les brebis sont pareilles,Toutes les brebis sont pareilles,

Un bélier est noir, l’autre blanc,Un bélier est noir, l’autre blanc,

Et les agneaux et les agnellesEt les agneaux et les agnelles

Sont noirs et blancs.Sont noirs et blancs.

Le chemin est doux entre les haies ;Le chemin est doux entre les haies ;

La rivière est douce sous la saulaie ;La rivière est douce sous la saulaie ;

Les arbres chantent dans la clarté nouvelle,Les arbres chantent dans la clarté nouvelle,

Ils oui leurs ombres autour d’eux.Ils oui leurs ombres autour d’eux.

Les prés sont bleus,Les prés sont bleus,

La paix de midi sommeille sur la prairieLa paix de midi sommeille sur la prairie

En troupeaux d’or sous le soleil ;En troupeaux d’or sous le soleil ;

L’herbe est mûrie ;L’herbe est mûrie ;

La ruche bourdonne d’abeilles,La ruche bourdonne d’abeilles,

La grappe est lourde aux treillesLa grappe est lourde aux treilles

Et les taureaux dorment dans l’herbe,Et les taureaux dorment dans l’herbe,

Signes d’un zodiaque d’or.Signes d’un zodiaque d’or.

L’orgueil du soir est sur la terre,L’orgueil du soir est sur la terre,

Les blés sont hauts de paille et lourds d’épis qui tremblent ;Les blés sont hauts de paille et lourds d’épis qui tremblent ;

La forêt est lente à se taire…La forêt est lente à se taire…

Deux cloches,Deux cloches,

De l’est à l’ouest, sonnent ensemble,De l’est à l’ouest, sonnent ensemble,

L’une lointaine, l’autre proche,L’une lointaine, l’autre proche,

Et l’une est grave et l’autre est claire,Et l’une est grave et l’autre est claire,

Toutes deux sont de métal pur.Toutes deux sont de métal pur.

Toutes deux sonnent pour l’azurToutes deux sonnent pour l’azur

Et toutes deux sonnent ensembleEt toutes deux sonnent ensemble

L’orgueil de bronze et d’or de la belle journée,L’orgueil de bronze et d’or de la belle journée,

Si belle et si belle qu’il sembleSi belle et si belle qu’il semble

Que nulle fleur, ce soir, ne peut être fanée.Que nulle fleur, ce soir, ne peut être fanée.