Odelette

By Laurent Tailhade

Written 1899-01-01 - 1899-01-01

Chocolatier, faussaires,

Du Gaulois émissaires,

Et ce gredin choisi,

Esterhazy ;

Les tantes, les crapules,

Évêques sans scrupules,

Artons déshonorés

Et les curés ;

Et les bonnes sœurs grises

Distillant pour les brises,

Au fond de leurs clapiers,

L’odeur des pieds ;

Les magistrats intègres,

Les cocottes, les nègres,

Les daims, les maquereaux

Et les bistros ;

C’est ainsi qu’on recrute

Voleur, escarpe, brute,

Un personnel classé

Au quai d’Orsay.

Ainsi qu’une relique,

Meyer, juif catholique,

Arbore avec bonheur

La croix d’honneur.

Alfred Duquel, Mézières,

Loti, fleur des rizières,

Et les divers Quesnays

En sont ornés.

Major de table d’hôte

Cassagnac ne fait faute

D’avoir cet oripeau

Dessus sa peau.

Elle orne tes fumistes,

Wilson, les panamistes

Et Gaston Jolivet,

Ce pur navet.

Ils sont hideux et bêtes,

Ils portent sur leurs têtes

L’air brutal ou sournois

Propre aux bourgeois.

Ils lèchent les derrières,

Les pattes meurtrières,

Les sabres dégainés

Des galonnés.

Tous, ruisselant d’extases,

Bénissent les ukases,

Le drapeau tricolor,

L’État-Major.

Et c’est vraiment justice

Que ce monde obreptice

Et tous ces bougres-là

Chassent Zola.