Offrandes a divers

By Stéphane Mallarmé

Written 1881-01-01 - 1898-01-01

Le Faune rêverait hymen et chaste anneau

Sans les nymphes du bois s'il s'avisait d'entendre

Au salon recueilli quand le grand piano

Tout comme votre esprit passe du grave au tendre.

Laid Faune ! comme passe aux bocages un train

Qui siffle ce que bas le chalumeau soupire

Vas-tu par trop de flamme empêcher ce quatrain

Maladroit à la taire

ou, s'il la disait, pire.

Ce Faune, s'il vous eût assise

Dans un bosquet, n'en serait pas

A gonfler sa flûte indécise

Du trouble épars de ses vieux pas.

Faune, qui dans une éclaircie

Vas te glisser tout en dormant

Avec quatre vers remercie

Dujardin ton frère normand.

Faune, si tu prends un costume

Simple comme les liserons

Dujardin et moi non posthume

Nous te populariserons.

Victor il me plaît quand j'ouïs

Tes vers qu'avec éclat renaisse

Sous des bosquets évanouis

Le chalumeau de ma jeunesse.

Fallait-il que tu t'assoupisses,

Faune qu'aujourd'hui l'on connaît,

Pour attendre ces temps propices

Avant d'aller chez Baronet ?

Dupray dont l'esprit aux combats

Comme l'or d'un clairon se dresse

Riez que le Faune très bas

Enfle sa flûte à votre adresse.

Satyre aux baisers inexperts

Qui pourchasses outre la brune

La fauve Nymphe, tu les perds

Il n'est d'extase qu'avec une.

Sa flûte un peu de côté

Il en joue et se recule

L'espoir de connaître ôté

A qui va cet opuscule.

Si peu d'écume sur un golfe

C'est cela ce rire venu

Hors de quelque flûte, ô Rodolphe

Darzens, dans mon silence nu.

Pan

tronc qui s'achève en homme

Moins gravement embrassait

Les pipeaux

que je ne nomme

La comtesse de Grasset.

Hirsch, poëte, si vous n'aviez

Pour y délivrer la minute

Idéale tous les claviers

Le faune écouterait sa flûte.

Faune

avec ton chant s'il brusqua

Le cours de l'heure qui s'éloigne

Retiens près du Bois de Boulogne

La princesse Poniatowska.

Sylvain d'haleine première

Si ta flûte a réussi

Ouïs toute la lumière

Qu'y soufflera Debussy.