Oh ! serait-ce vrai, ma belle

By Louis Bouilhet

Written 1869-01-01 - 1869-01-01

Oh ! Serait-ce vrai, ma belle,

Ce qu'un prêtre m'a conté,

Qu'une torture éternelle

Suit la douce volupté,

Que la blanche main des femmes

Sans cesse attire nos âmes

Au fond des gouffres ardents,

Et qu'au ténébreux empire

On doit payer un sourire

Par des grincements de dents ?

Ta lèvre en doux mots abonde

Et tu riras de mes fers,

Juliette, dans ce monde,

Astarté, dans les enfers !

Oui, ‒ je le sens, dans mon âme ‒

Satan pour soeur te réclame

Aux rivages embrasés ;

Car ton regard est de flamme,

Et brûlants sont tes baisers !

Calmes dans leur allégresse,

Jamais les élus aux cieux

N'ont bu cette ardente ivresse

Qui petille dans tes yeux ;

Pour eux jamais, ô ma belle,

Tant d'amour ne chargea l'aile

Du timide séraphin,

Et l'éternelle ambroisie

Contient moins de poésie

Qu'une goutte de ton vin !

Démon ! Démon ! Que m'importe

Que par une dure loi

Le ciel me ferme sa porte

Si j'ai l'enfer avec toi ?

Fille des sombres phalanges,

Rions des craintes étranges

Qui planent sur les tombeaux ;

J'aurais plutôt peur des anges,

Quand les diables sont si beaux !