Ombres visiteuses

By Maurice Rollinat

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

Ô mains d'ambre rosé, mains de plume et d'ouate

Où tremble autant d'esprit que sur la lèvre moite,

Et de rêve que dans l'œil bleu !

Ô mignonnettes mains, menottes à fossettes

Qui servent à l'amour de petites pincettes

Pour tisonner ma chair en feu ;

Ô petits pieds qui vont comme le zéphyr passe,

En laissant derrière eux le frisson de la grâce

Et le sillage du désir ;

Ô jarretière noire à la boucle argentée,

Diadème lascif d'une jambe sculptée

Pour les étreintes du plaisir ;

Ô seins, poires de chair, dures et savoureuses,

Monts blancs où vont brouter mes caresses fiévreuses,

Cheveux d'or auxquels je me pends ;

Ventre pâle où je lis un poème de spasmes,

Cuisse de marbre ardent où mes enthousiasmes

S'enroulent comme des serpents :

C'est vous que je revois, ombres voluptueuses,

Dans mes instants bénis d'extases onctueuses

Et de rêves épanouis ;

Émergeant du brouillard nacré des mousselines,

Vous flottez devant moi, parlantes et câlines,

Pleines de parfums inouïs !