Ombres

By Henri Vendel

Written 1945-01-01 - 1945-01-01

Sur les murs nus de ma cellule

défilent reines en hennins,

prélats et, ronde ridicule,

des fées que lutinent des nains.

Les siècles mènent leur cortège

au gré de l'ombre et du hasard,

mais, à les suivre, pourquoi n'ai-je

que lassitude en mon regard ?

Hélas ! vous me voyez, Seigneur,

dépouillé comme ce pendu

qui danse dans une lueur

sur le ciment demi-fendu.

Les jours passent, vaille que vaille,

mais quelle ombre fera ma peau,

un matin blanc, sur la muraille

où la guette la Gestapo ?

Par quels noirs chemins je m'en vais

et vers quel but, nuit ou lumière,

le Père et Vous, seuls, le savez,

et si mes os iront en bière.

Mes pensées tournent comme moi

au fond de ma cour sans soleil.

Seigneur, augmentez une foi

qui toujours retombe en sommeil !