On se bat

By Jules Barbier

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

On se bat !… Ce mot sourdement résonne

Comme un grondement lointain ;

Il vibre dans l'âme, et le cœur frissonne

Sous le souffle du destin !

On se bat !… où donc ? nul ne peut le dire ;

Le sang là-bas va couler,

Là-bas, vers la Loire !… A peine on»respire ;

On ose à peine parler !…

L'armée est en marche, innombrable, immense

Un bruit d'orage est dans l'air ;

Peut-être déjà la lutte commence ;

La foudre suivra l'éclair !

Sera-ce aujourd'hui ? Qui frappera-t-elle ?

Les chefs avaient bon espoir.

Oh ! l'âpre souci ! l'angoisse mortelle !

Attendre et ne rien savoir !…

Nos derniers revers ont ébranlé l'âme

Des meilleurs et des plus forts ;

O France, qui sait si toute ta flamme

N'est pas morte avec les morts ?…

— Nos jeunes soldats à quelque panique

Ne peuvent-ils pas céder,

Dans cette tûrie à la mécanique,

Où l'on meurt sans s'aborder ?…

C'est la grande crise !… On doute ; on se compte ;

On songe tout bas aux siens ;

Sans vouloir le dire, on a peur… ô honte !

Avoir eu peur des Prussiens !…

Passe un bruit de-voix. — Eh bien ?…— Rien encore !…

Une main serre ma main ;

La fièvre me brûle, elle me dévore !

Il faut attendre à demain !

Dieu voudrait-il donc, horrible pensée !

Que la France succombât ?…

Éternelle nuit ! nuit sombre et glacée !…

Le vent mugit !… On se bat !…