Opales

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1901-01-01 - 1901-01-01

Dites, la chaîne d'or qu'entre vos doigts artistes

Vous maniez et balancez,

S'il y pend ces opales tristes

Est-ce lorsque vos yeux sont laissés

Baissés

Pour quand même un rappel de vos prunelles chères

Si claires ?

Contre vous ces bijoux, où revit, croirait-on,

Dans le très peu qu'est un chaton

L'immense qu'est un crépuscule,

Comme une goutte minuscule

Bascule,

Tremblent comme pour choir avec un point brûlant

Au flanc,

Et la lutte s'engage en reluisances vagues

Entre elles et vos glauques bagues

Et vos très fantasques iris

Verts, gris,

Ou bleus suivant l'instant ainsi que l'onde étrange

Qui change.

Mais, lorsque le chagrin mouille votre regard

Ou bien quelque émotion d'art,

Quelle allusion saisissante !

Chaque opale phosphorescente,

Glissante,

Figure l'un des pleurs que distillaient en eux

Ces yeux.

Et, presque, l'on voudrait tendre une main ouverte

A la prunelle bleue et verte

Quand les larmes vont y monter

Pour à ses paumes emporter

Hâté,

Un peu de ces beaux yeux verseurs, flambants et pâles,

D'opales.