Orgue de barbarie

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1902-01-01 - 1902-01-01

Si tu meurs aux trois temps d'une valse lointaine,

Suranné souvenir, sentimentalité !

Seul, te conserve encor quelque fidélité

L'orgue de Barbarie où pleure ta rengaine.

Les fantômes de ceux qu'autrefois tu plias

Sous ton joug, sortent tous de la vieille musique :

Le Boulevard de Gand y danse, et la phtisique

Marguerite Gautier, Dame aux Camélias.

Le clair de lune, ancienne histoire, est dans la boîte

Et mêle sa douceur à ces rythmes rouillés

Où, passionnément, l'âme des parcs mouillés

Sanglote avec l'amant conte une épaule moite…

Grandes dames aux doigts pétrisseurs de gâteaux

Qui relisiez, les soirs, Monsieur de Lamartine !

O nuits d'enlèvement, diligence argentine,

Tremblotante bougie aux vitres des châteaux,

Il faut mourir avec cet orgue, tous et toutes !

Mourir en nous avec vos grands événements.

La fièvre d'aujourd'hui chauffe d'autres romans

Que vos folles amours à grelots sur les routes.

Nous sommes l'âge abstrait du drame des cerveaux,

L'aventure y demeure au fond de la pensée…

Quant à la passion, elle est déjà passée

Au galop pommelé de vos quatre chevaux !