Oriane

By Jean Lorrain

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

Oriane la fée était l'effroi du pâtre…

Vaguement entrevus dans, son antre bleuâtre,

Dormaient, las et charmés, des preux casqués d'orfrois.

Allumant les joyaux et les claires simarres,

Une lune fantasque aux rais glauques et froids

Glissait dans la caverne et les beaux palefrois

Paissaient l'herbe à l'entrée, harnachés de cuirs rares.

Guidé par la huette ululant dans les bois,

Amadis vint au seuil de la grotte divine

Et, devant la lueur emplissant la ravine,

Le sire errant, sans crainte, ayant corné trois fois

Sans réponse, entra, lui, dans l'antre et, de ses doigts

Déchirant le rideau de lierre et de liane,

Pour ce geste hardi, fut aimé d'Oriane.