Orphée

By Armand Silvestre

Written 1870-01-01 - 1870-01-01

C'est ta mort que j'envie, ô doux fils de Linus,

Quand les vierges de Thrace aux crinières d'archange,

Sous leurs pieds bondissants, — comme aux fêtes du Gange

Vendange épouvantable, écrasaient tes flancs nus ;

Lorsque, foulant ton cœur, leurs beaux pieds éperdus

Buvaient sur ta poitrine une rosée étrange,

Et qu'aux chansons du cuivre, — effroyable vendange,—

Ta noble chair volait sous les thyrses ardus.

Le regret te vint-il des chastes promenades

Où ta lyre éveillait l'écho silencieux ?

A quoi bon de tes chants heurter des cieux maussades ?

Mieux vaut jeter son âme aux désirs furieux,

Tendre sa gorge nue aux ongles des Ménades,

Et faire de son corps la pâture des Dieux !