Orphée

By Paul Valéry

Written 1920-01-01 - 1920-01-01

… Je compose en esprit, sous les myrtes, Orphée

L’Admirable !… le feu, des cirques purs descend ;

Il change le mont chauve en auguste trophée

D’où s’exhale d’un dieu l’acte retentissant.

Si le dieu chante, il rompt le site tout-puissant ;

Le soleil voit l’horreur du mouvement des pierres ;

Une plainte inouïe appelle éblouissants

Les hauts murs d’or harmonieux d’un sanctuaire.

Il chante, assis au bord du ciel splendide, Orphée !

Le roc marche, et trébuche ; et chaque pierre fée

Se sent un poids nouveau qui vers l’azur délire !

D’un Temple à demi nu le soir baigne l’essor,

Et soi-même il s’assemble et s’ordonne dans l’or

À l’âme immense du grand hymne sur la lyre !