P. p. c.

By Robert Montesquiou

Written 1896-01-01 - 1896-01-01

Lors de ces retours attardés

Nous guettent, au seuil de nos portes,

Des billets blancs, de noirs bordés,

De la part des morts et des mortes.

Typographique frondaison

En laquelle un peuple fourmille,

Entre mainte combinaison

De parentés et de famille.

Sinistres « pour prendre congé »

Chuchotes entre ciel et terre,

Murmurant : « A toi j'ai songé

Avant d'entrer dans le mystère. »

Pâles lettres de faire-part,

Carte de visite posthume

Qui dit : « j'étais à ton départ,

Et pour ton retour je m'exhume.

« Car nous avons dit : Au revoir !

Il fallait dire à Dieu , sans doute ;

J'en suis encore à le savoir,

Je ne fais que me mettre en route.

« Priez pour Elle ou bien pour Lui !

Pour les pires et les meilleures ;

Tous ceux qui maintenant ont fui

Nos ténèbres intérieures.

« Jouissez, vivants, hâtez vous !

Durant ces rapides passages ;

Et soyez bien vite bien fous :

Vous ne serez que trop tôt sages !

« A demain ! dans l'Éternité,

La recherche irrémédiable

De la double paternité

De notre Père ou du bon Diable.

« A demain ! dans l'autre Sion.

Toutes ces figures connues,

Au conseil de révision

Où les âmes sont toutes nues ;

« Sur les plateaux universels

De la balance Vertu-Vice

Où seront dits bien des Tecels ,

Et peu de bon pour le service ;

« Dans l'Éternité qui n'a rien

Pour soi, que d'accomplir le rêve

Qui fut le vôtre, et fut le mien,

D'être enfin ce qui ne s'achève !

« Veuillent les cieux, veuillent les ciels

Que nous n'allions pas, faits durables,

Autant souffrir d'être éternels

Que nous soupirions d'être instables ! »