P. p. c.
Written 1896-01-01 - 1896-01-01
Lors de ces retours attardés
Nous guettent, au seuil de nos portes,
Des billets blancs, de noirs bordés,
De la part des morts et des mortes.
Typographique frondaison
En laquelle un peuple fourmille,
Entre mainte combinaison
De parentés et de famille.
Sinistres « pour prendre congé »
Chuchotes entre ciel et terre,
Murmurant : « A toi j'ai songé
Avant d'entrer dans le mystère. »
Pâles lettres de faire-part,
Carte de visite posthume
Qui dit : « j'étais à ton départ,
Et pour ton retour je m'exhume.
« Car nous avons dit : Au revoir !
Il fallait dire à Dieu , sans doute ;
J'en suis encore à le savoir,
Je ne fais que me mettre en route.
« Priez pour Elle ou bien pour Lui !
Pour les pires et les meilleures ;
Tous ceux qui maintenant ont fui
Nos ténèbres intérieures.
« Jouissez, vivants, hâtez vous !
Durant ces rapides passages ;
Et soyez bien vite bien fous :
Vous ne serez que trop tôt sages !
« A demain ! dans l'Éternité,
La recherche irrémédiable
De la double paternité
De notre Père ou du bon Diable.
« A demain ! dans l'autre Sion.
Toutes ces figures connues,
Au conseil de révision
Où les âmes sont toutes nues ;
« Sur les plateaux universels
De la balance Vertu-Vice
Où seront dits bien des Tecels ,
Et peu de bon pour le service ;
« Dans l'Éternité qui n'a rien
Pour soi, que d'accomplir le rêve
Qui fut le vôtre, et fut le mien,
D'être enfin ce qui ne s'achève !
« Veuillent les cieux, veuillent les ciels
Que nous n'allions pas, faits durables,
Autant souffrir d'être éternels
Que nous soupirions d'être instables ! »