Pâquerettes

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1932-01-01 - 1932-01-01

Si les pâquerettes du soir,

Se copiant toutes entre elles,

Ferment leurs minuscules ailes

Pour dormir pendant qu'il fait noir,

Si, redressant leurs fraîches têtes

Aussitôt le jour revenu,

Se réveillant comme des bêtes

On leur revoit le cœur à nu,

C'est donc qu'elles ont quelque chose

De plus sensible qu'on ne croit.

C'est qu'elles ont un petit moi

Parmi leur collerette rose.

C'est que le monde végétal

Enraciné dans le silence

Sent comme nous, sans doute pense,

sans doute a son bien et son mal.

Que savons-nous des fleurs ? Peut-être

Que leur parole est leur parfum ?

Peut-être qu'elles sont quelqu'un

Qui nous voit dans l'ombre du hêtre ?

Naissant comme nous pour mourir,

Nous les imaginons inertes.

Et pourtant nous savons bien, certes,

Que vivre veut dire souffrir.