Parfum suprême
Written 1877-01-01 - 1877-01-01
C'est bien fini. N'en parlons plus !
Cette fin est très naturelle,
Et j'ai vraiment versé sur elle
Beaucoup trop de pleurs superflus.
C'est bien fini. La tombe et close.
C'est bien mort et bien enterré.
Le bien, le mal que j'en dirai,
Ou rien, sera la même chose.
Pourtant je veux parler un peu,
Encore un peu, deux mots encore,
Quelques minutes. Je n'implore
Que le temps de dire un adieu.
T'ayant profondément aimée,
Je garderai ton souvenir,
Et toute ma vie à venir
En demeurera parfumée.
J'aurai peut-être un autre amour,
Ou deux, ou trois, ou vingt, ou trente ;
Mais je n'y planterai ma tente
Que comme un voyageur d'un jour.
Aucun ne me fera connaître
La joie et le deuil insensés
Que tes caresses m'ont versés.
Toi seule auras eu tout mon être.
Dans les yeux les plus merveilleux
Je ne verrai que ton image,
Comme le pèlerin Roi-Mage
Ne voyait qu'une étoile au cieux.
Sous les plus brûlantes caresses
C'est ton corps que mes bras tiendront.
Je n'aurai qu'à tourner le front
Pour qu'aussitôt tu m'apparaisses.
Dans mes désirs inapaisés,
Dans mes plus frénétiques fièvres,
Je retrouverai sur mes lèvres
Une goutte de tes baisers.
Et que nul ne s'en émerveille !
Je serai comme ces buveurs
Que le vin suit de ses saveurs
Et qui restent soûls de la veille.
Ils ont beau marcher en plein air,
Boire les brises parfumées,
Leurs yeux sont remplis de fumées
Où flambe encor le vin d'hier.