Paris brûlé
By Ali-Joseph-Augustin Vial De Sabligny
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
A quelle triste époque en sommes-nous hélas !
Et quel gouffre profond s'est ouvert sous nos pas !
N'était-ce pas assez d'une première lutte
Où la France, râlant, tombait de chute en chute ?
Fallait-il entre nous mettre le désaccord
Et de nos propres mains aggraver notre sort ?
Fallait-il, en un mot, pauvres tous que nous sommes,
Au rang des animaux descendre, nous, des hommes,
Des frères, des amis, destinés à s'aimer,
A se tendre les bras, non à se décimer.
Oh ! la guerre civile ! abominable chose !
Vrai présent de Satan, que de maux elle cause !
Que, d'effroi, de tourments elle jette en nos cœurs !
Que de sang répandu, de victimes, de pleurs !
Qu'a-t-on fait de Paris, de la ville merveille
Qui dans tout l'univers n'avait pas sa pareille ?
Que sont-il devenus tous ces beaux monuments
Qui de la capitale étaient les ornements ?
Une aveugle fureur, une indicible rage
Ont fait passer sur eux le niveau du ravage ?
Un terrible fléau, le feu, les a détruits,
Abîmés, renversés en moins de quelques nuits !
Regardez, les voilà ! qu'en reste-t-il ? la place,
Où d'un doux souvenir on cherche en vain la trace !
On n'a rien respecté ! Partout de noirs débris,
Des décombres fumants, voilà, voilà Paris,
Paris, temple des arts, entre de la science
Paris, fils du Progrès et de l'intelligence !
Au milieu des obus qui sifflaient en passant,
Nous avons vu le ciel s'empourprant, s'embrasant !
Sur dix points à la fois s'allumait l'incendie !
Sur dix points à la fois, l'horrible tragédie
Déroulait ses tableaux qui faisaient frissonner !
Un pendant de Moscou qu'on voulait nous donner !
Nous avons vu monter ces rouges banderolles,
Des funestes combats affreuses girandoles,
Broyant dans leurs baisers et le marbre et le fer !
On aurait pu se croire au milieu de l'enfer.
Nous avons vu jaillir des bouquets d'étincelles
Entraînant des torrents de fumée avec elles !
Nous ayons entendu les murailles craquer
Sous l'effort de la flamme et puis se disloquer !
Nous avons entendu crouler les édifices
Et nous avons gémi sur tant de sacrifices !
Nous avons entendu des cris de désespoir,
Des appels déchirants qu'on ne peut concevoir !
Les foyers sont éteints, la cendre est refroidie !…
Mais la misère est là, derrière l'incendie !
Il fallait, au matin, voir ces infortunés
Contempler l'œil hagard, leurs logis ruinés !
C'était tout leur amour, leur bonheur, leur richesse,
Le fruit de leurs labeurs, l'appui de leur vieillesse !
C'est à nous, que le ciel a sauvés du danger
Qu'il convient aujourd'hui d'aider, de protéger
Ceux qui n'ont plus d'abri pour reposer leur tête !
Réparons les dégâts produits par la tempête !
A force de courage, à force de vigueur
Il faut rendre à Paris son antique splendeur.
Paris doit, en dépit des revers, des désastres,
Briller comme un soleil au premier rang des astres.
Paris est immortel ; il doit, phénix nouveau,
Renaître de sa cendre, et plus grand et plus beau.