Paris
By Aimé Camp
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Honneur à toi, Paris, métropole du monde !
En vain contre tes flanc l’ouragan de fer gronde ;
Tu braves ses fureurs et tu ris du danger.
Tu sauves la Patrie, ô cité souveraine.
Tu poursuis, déployant une audace sereine,
Ton duel contre l’étranger.
L’Étranger te flétrit du nom de Babylone ;
Il espère camper autour de ta colonne,
Couvrir d’ombre et de deuil tes glorieux destins.
Pour les mains de la France il forge des menottes,
Et préparant des sacs pour ton or, tes bank-notes,
Écrit d’insolents bulletins.
Mais comme l’Océan, soulevé par l’orage,
Des vaisseaux du pirate amarrés à la plage
Sur les rochers déserts rejette les débris ;
Ainsi, roulant tes flots, terrible tu débordes ;
Des fiers envahisseurs tu refoules les hordes.
Tu mets en pièces leurs abris.
Des citoyens soldats l’intrépide milice
Entrant, fusil en main, dans la sanglante lice,
A montré ce que sont au feu les Parisiens.
Si leurs pères ont eu de grands jours dans l’histoire,
Eux en ont maintenant, et l’heure expiatoire
A sonné pour les Prussiens.
Paris ne peut mourir. La vaillance l’habite.
Le chœur des arts sacrés tourne dans son orbite.
L’humanité s’assoit à son divine banquet.
Si la mort éteignait ses splendeurs dans l’espace,
Les peuples, éperdus, se voileraient la face,
Comme si le soleil manquait.
C’est que Paris n’est pas lieutenant une ville
Qui, féconde en grands cœurs, n’a pas de tourbe vile,
Et fournit aux vertus de nobles aliments ;
Il n’est pas seulement une ruche héroïque
D’où s’élancent, brûlant d’un courage stoïque,
Tant de civiques régiments.
Il est le peuple-roi, que couronne l’idée ;
La liberté vivante, en son essor guidée
Par les rayonnements du Juste et du Beau ;
Il est le droit vengeur s’appuyant sur le glaive,
Et, quand la Force inique, en l’insultant, se lève,
Il la précipite au tombeau.
L’épreuve le grandit, Dans l’orage il se joue.
A toute cause sainte, ardent, il se dévoue.
Il est Athène et Rome ; il règne sur les temps
Il est le pur foyer, il est l’autel du temple,
Et chaque nation, attentive, contemple
Ce haut phare aux feux éclatants.
Armons-nous donc, Français ; car Paris nous appelle ;
Plus le péril est grand, plus la victoire est belle.
Haine, haine aux Germains ! Amis, domptons le sort.
Ils osent affronter le lion dans son antre ;
Mais le poëte a dit : on voit comm l’on entre,
On ne voit pas comme l’on sort.
Des monts Pyrénées jusqu’aux mers de Bretagne,
Rallions-nous au cri de guerre à l’Allemagne.
Entre Paris et nous étreignons le vainqueur.
Rendons-lui tout le mal qu’il a fait… Point de grâce.
Qu’il tombe, et délivrés de sa maudite race,
N’ayons tous qu’un drapeau, qu’un cœur.