Parny

By Pierre-Jean Béranger

Written 1815-01-01 - 1815-01-01

Je disais au fils d'épicure :

" réveillez par vos joyeux chants

Parny, qui sait de la nature

Célébrer les plus doux penchants. "

Mais les chants que la joie inspire

Font place aux regrets superflus :

Parny n'est plus !

Il vient d'expirer sur sa lyre :

Parny n'est plus !

Je disais aux graces émues :

" il vous doit sa célébrité.

Montrez-vous à lui demi-nues ;

Qu'il peigne encor la volupté. "

Mais chacune d'elles soupire

Auprès des plaisirs éperdus.

Parny n'est plus !

Il vient d'expirer sur sa lyre :

Parny n'est plus !

Je disais aux dieux du bel âge :

" amours, rendez à ses vieux ans

Les fleurs qu'aux pieds d'une volage

Il prodigua dans son printemps. "

Mais en pleurant je les vois lire

Des vers qu'ils ont cent fois relus.

Parny n'est plus !

Il vient d'expirer sur sa lyre :

Parny n'est plus !

Je disais aux muses plaintives :

" oubliez vos malheurs récents ;

Pour charmer l'écho de nos rives,

Il vous suffit de ses accents. "

Mais du poétique délire

Elles brisent les attributs.

Parny n'est plus !

Il vient d'expirer sur sa lyre :

Parny n'est plus !

Il n'est plus ! Ah ! Puisse l'envie

S'interdire un dernier effort !

Immortel il quitte la vie ;

Pour lui tous les dieux sont d'accord.

Que la haine, prête à maudire,

Pardonne aux aimables vertus.

Parny n'est plus !

Il vient d'expirer sur sa lyre :

Parny n'est plus !