Paroles sur la terrasse

By Pierre Quillard

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Des reines blanches inclinées

Aux balustrades d'améthystes

Pour fleurir la mort des journées

Effeuillent des glycines tristes.

Fleurs plus brèves que les plus brèves,

Vains thyrses que le vent spolie,

Les noirs flots sans rives ni grèves

Emportent leur cendre pâlie ;

Et c'est le deuil d'un double automne,

Soir du jour et soir des feuillées,

Qui dévaste l'ombre et frissonne

Dans les ramilles dépouillées.

Des pas glissent sur la terrasse ;

Une étoffe roide s'y froisse ;

Les voix que la nuit blême efface

Tremblent d'adieux, meurent d'angoisse,

Et cygnes chassés de tout fleuve,

S'en vont fébriles et blessées,

Sans que la ténèbre s'émeuve

Aux cris des âmes délaissées.