Passé

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1951-01-01 - 1951-01-01

Maintenant j'aime mieux en rêve

Ma maison qu'en réalité.

Trop d'intrus sont venus gâter

Ce qui fut doux comme les rêves.

Certains mois de mai dans les roses,

Certains étés fous de grillons,

Certains automnes en haillons…

O souvenirs, défuntes roses !

Tant de jours lents et sans orages,

Seule avec tout ce que j'aimais !

Ce temps ne reviendra jamais.

Partout, maintenant, des orages.

Étrangers, avec votre enfance

Demeurée au sein d'autres lieux,

Pourquoi vos regards curieux

Parmi mes souvenirs d'enfance ?

Mes prés à moi ne sont pas vôtres.

Vous êtes venus de partout

Pour m'envahir de bout en bout.

Mes secrets ne sont pas les vôtres.

Allez-vous en ! Laissez-moi seule !

— Trop tard ! Trop tard ! Ils sont entrés

En foule épaisse dans mes prés.

Jamais je n'y serai plus seule.

Aussi vais-je fuir ma demeure

Pour l'évoquer tout bas de loin,

Chassée à présent de ce coin

Où seul mon fantôme demeure.