Passer
Written 1896-01-01 - 1896-01-01
Un chasseur à l'affût de tout ce qui te plaît,
Un jour te rapporta, gentille damoyselle,
Ce pauvre oiseau perclus, rossignol incomplet,
Musicien sans voix, volatile sans aile.
Sitôt qu'il t'aperçut, blanche avec des yeux bleus,
A tes rouges rubans luisant comme une flamme,
Certe, il crut réchauffer son plumage frileux
Au soleil imploré que tout frisson réclame.
En effet, tu l'aimas de cet ardent amour
Qu'ont aux enfants mal nés toujours voué les mères ;
L'ailé Quasimodo fut heureux jusqu'au jour
Où, lui-même, il t'apprit des prouesses amères.
Sur ton minime poing, ce faucon indigent
Un peu trop agité, risque une fuite folle,
Et te révèle ainsi l'attrait sans fin changeant
D'un ailé cerf-volant et d'un volant qui vole ;
Dès lors, plus de répit pour cet oiseau martyr ;
Un ruban ironique appesantit sa patte ;
Sans cesse il faut marcher, sans but il faut partir,
Et retomber debout comme un rare acrobate.
O despote enfantin, qui sait si ton oisel,
Comme un cœur bien épris que l'amertume attache,
Ne le préfère point, ce doux azur sans tache
De ton regard, au grand azur universel ?
Qui sait si l'exilé de la fraîche ramée,
Plutôt que l'essor libre, et les jeunes élans,
Ne la choisirait point, sur son vol refermée
La prison de tes bras, geôliers roses et blancs ?
Tels, un jour, attachés à ton doux esclavage,
De plus tendres captifs, qui seront tes élus,
Apprendront à goûter l'honneur de ton servage
Dont leur docilité ne se souviendra plus !