Patrocle

By Jean Lorrain

Written 1882-01-01 - 1882-01-01

SOUS la tente d'Achille au milieu des armures

Le beau Patrocle, orgueil jadis des prés fleuris

De Thrace, où bondissaient ses splendides chaussures

D'hyacinthe, à clous d'or étoiles de rubis,

Le beau Patrocle est là, blême et les yeux meurtris.

Achille a dénoué sa blonde chevelure

Et, pressant dans ses mains ses pieds endoloris,

Il en baise en pleurant la noire flétrissure :

« Je ne verrai donc plus courir tes pieds d'ivoire,

« Tes bras nus m'enlacer ni tes beaux yeux s'ouvrir,

« Tes yeux de violette où l'ombre était plus noire. »

Il dit et, plein de rage au cruel souvenir

Du temps où côte à côte ils forçaient la Victoire,

Sur l'adoré cadavre il s'étend pour mourir.