Paul verlaine
Written 1907-01-01 - 1907-01-01
Le Vers fut, dans ta main, un doux ramier blessé,
Chassé du bois natal et des claires tourelles ;
Quand les faucons d'Hugo pillaient les tourterelles,
L'as-tu pas, le divin roucouleur, ramassé ?
Sous les baisers de paix de ta bouche avertie.
Au chaud contre ta barbe tremblante de saint,
L'oiseau débile enflait sa gorge comme un sein ;
Au loin, les avertins hululaient leurs nénies…
Sa plainte eut la candeur de Vesper sur les pins
Et roula mollement comme l'eau sur les mousses.
L'eau des jets d'eau, sur les tapis d'automnes rousses,
Rythmée aux vieux concerts des derniers tambourins.
Dans sa roue, au printemps, même il clochait de l'aile,
Toujours un peu blessé, tel que toi claudicant.
Et tout chantant, tout mal à l'aise et suffocant.
Rêvassait de baisers sous de blanches ombelles.
Prisonnier de Misère et de barreaux étroits.
Dis, l'aimas-tu, l'Aile blottie et poétesse.
Unique Affection et jumelle Détresse,
Réveillée au frôlis de lune sur le toit ?
Non comme Saint François, qui voulait qu'ils se tussent,
Ses frères les oiseaux, tu disais : Que ta voix
Se fasse encor plus belle et plus humble à la fois,
O cher mélodieux, pour ma mère Très-Luce,
Pour l'Arbre sans oiseaux de la Croix Jésus-Christ
Et l'Oreille Paterne, Écouteuse de vies.
Et pour Celui, enfin, auquel je te dédie.
Ramier paraclétique, indigne de l'Esprit !…
— Sagesse de Saint-Paul Verlaine, je t'envie !…