Peines perdues

By Jean Richepin

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

Hélas ! pourquoi ces pleurs dans mes yeux que j'essuie,

Et pourquoi ces soupirs dans ma gorge crevant ?

Je ne puis rappeler le passé décevant,

Ni ranimer le feu dans l'Âtre plein de suie.

L'amour s'est envolé, la flamme s'est enfuie.

A quoi bon soupirer, pleurer, en y rêvant,

Comme un hautbois plaintif qui se nourrit de vent,

Comme un vieux toit rompu qui se repaît de pluie ?

Ah ! pauvre cœur troublé de regrets, de remords,

Tes soupirs rendront-ils le souffle aux oiseaux morts

Et tes pleurs feront-ils s'épanouir des roses ?

Au fond de ta douleur tu peux les laisser choir ;

Soupirs et pleurs, tout est stérile. Tu n'arroses

Qu'un linceul ; et pas même, encore !… ton mouchoir.