Pense à moi

By Auguste Lacaussade

Written 1839-01-01 - 1839-01-01

Si tu vois une fleur, que le zéphyr délaisse,

Mourir à son matin sans baiser ni caresse,

Pense à moi, pense à moi !

Et si tu plains l'oiseau que le vent ou l'orage

Égara loin du nid qui berça son jeune âge,

Pense à moi, pense à moi !

Si tu vois un front pâle où languit la jeunesse,

S'incliner sous le poids d'une vague tristesse,

Pense à moi, pense à moi !

Et sensible à l'accent de quelque voix aimante,

Si tu l'entends au ciel demander une amante,

Pense à moi, pense à moi !

Si d'un triste exilé quelque beauté frivole

Repoussait devant toi l'amoureuse parole,

Pense à moi, pense à moi !

Et si tu vois alors ce fils d'un autre monde

Au ciel lever des yeux que la douleur inonde,

Pense à moi, pense à moi !

Si tu vois quelque jour une funèbre pierre

Où nul ne vient porter ses fleurs ni sa prière,

Pense à moi, pense à moi !

Et sur la tombe où gît la dépouille endormie,

Si tu trouves ces mots : « Il n'eut jamais d'amie ! »

Pense à moi ! Pense à moi !