Petit docteur

By Victor Laprade

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

Cher petit, tu m’as dit souvent

Que tu voudrais, pour me complaire,

Devenir un docteur savant

Et bon, comme le bon grand-père.

Tu voudrais, fidèle aux aïeux,

Marcher droit sur leur humble route…

Et j’ai des larmes dans les yeux,

Mon bien-aimé, quand je t’écoute.

Je tressaille, à ce doux espoir,

De joie et d’orgueil tout ensemble,

En songeant que je puis avoir,

Mon père ! un fils qui vous ressemble.

Tu passeras donc tes beaux jours

À te préparer en silence,

Libre des vulgaires amours,

Par l’étude à la bienfaisance.

La science nous tient rigueur,

Il faudra percer ses mystères ;

Mais tu sais déjà, dans ton cœur,

Que les malheureux sont tes frères.

Prêt à les servir, en tout lieu

Tu partageras leurs alarmes,

Et chez les pauvres du bon Dieu

Tu sécheras beaucoup de larmes.

Le bon grand-père a fait ainsi.

Toi, tu l’imiteras sans cesse,

N’ayant pas le moindre souci

Des honneurs et de la richesse.

Peut-être il te faudra souffrir,

Brisant ou ta lyre ou ta plume ;

Mais il est plus beau de guérir

Que d’imprimer un gros volume.

Cher enfant, ne regrette rien !

Le renom, l’éloge illusoire…

Tu vivras en faisant du bien :

Va ! c’est la plus solide gloire.