Pétrarque

By Victor Hugo

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

Elle n'est plus ici ; cependant je la vois

La nuit au fond des cieux, le jour au fond des bois !

Qu'est-ce que l'œil de chair auprès de l'œil de l'âme ?

On est triste ; on n'a pas près de soi cette femme,

On est dans l'ombre ; eh bien, cette ombre aide à la voir,

Car l'étoile apparaît surtout dans le ciel noir.

Je vois ma mère morte, et je te vois absente,

O Laure ! Où donc es-tu ? Là-bas, éblouissante.

Je t'aime, je te vois. Sois là, ne sois pas là,

Je te vois. Tout n'est rien si tout n'est pas cela,

Aimer. Aimer suffit ; pas d'autre stratagème

Pour être égal aux dieux que ce mot charmant : J'aime.

L'amour nous fait des dons au-dessus de nos sens,

Laure, et le plus divin, c'est de nous voir absents ;

C'est de t'avoir, après que tu t'es exilée !

C'est de revoir partout ta lumière envolée !

Je demande : Es-tu là, doux être évanoui ?

La prunelle dit : Non, mais l'âme répond : Oui.