Photographies

By Stéphane Mallarmé

Written 1881-01-01 - 1898-01-01

Un mot, au coin, que j'avertisse.

La dame qu'ici vous voyez,

Dans les fresques du Primatice

A des cheveux blonds déployés.

Blanche japonaise narquoise

Je me taille dès mon lever

Pour robe un morceau bleu turquoise

Du ciel à quoi je fais rêver.

Folle robe d'une péri

Et dedans plus féerique encore

Pour les changer en soi Méry

De nos chimères se décore.

Cette dame a pour nom Méry

Et tient de tout juste balance

Déjà son sourire a guéri

Le mal que son regard te lance.

Très fidèle à mes amitiés

Dans un bleu reflet qui s'argente

Sous un, si vous en doutiez !

Que ma robe seule est changeante.

Avec ce mutin casque blond

C'est votre oubli que je défie

Et j'offre à ceux qui déjà l'ont

Dans le cœur, ma photographie.

Je ne sais pourquoi je vêts

Ma robe de clair de lune

Moi qui, déesse, pouvais

Si bien me passer d'aucune.

L'image du faiseur de vers

Se montre à souhait réussie

Pour peu qu'elle passe à travers

Les yeux de Madame Lucie.

Quelqu'un par vous charmé

Stéphane Mallarmé.

Voici du couple la meilleure

Moitié qu'aucun blâme n'effleure.