Pierrot devant la Basse-Cour
Written 1867-01-01 - 1885-01-01
La ferme en est toute troublée.
Bien longtemps on en parlera.
La Basse-Cour s'est assemblée ;
Oie et dindon… et cætera.
Il s'agit d'une cause grave ;
Pierrot, lui que l'on persiflait,
Lui, le fuyard, s'est montré brave :
Il vient de tuer un poulet.
Des témoins on dresse les listes,
Sur l'accusé sont les regards,
Et sur les bancs des journalistes,
Viennent s'asseoir… quelques canards.
Silence ! écoutons, on le juge !
La basse-cour ne souffle mot.
Grand Dieu ! quel sera le refuge,
De cet infortuné Pierrot !
— « Accusé, levez-vous. — En somme,
Votre passé n'a rien de bon…
Mais, rassurez-vous, mon brave homme,
Je n'y fais pas attention.
— « Je témoigne que la victime,
De son bec n'avait pas usé,
Chacun l'avait en grande estime… »
— « Chut ! n'insultez pas l'accusé ! »
— « Le poulet qui dort dans la tombe,
Sur lui, nul ne s'est abusé,
Était doux comme une colombe… »
— Chut ! n'insultez pas l'accusé ! »
— « Oui, l'accusé dans sa colère,
— De mon ergot que n'ai-je usé ! —
A mis à mort mon jeune frère…
— « Chut ! n'insultez pas l'accusé ! »
— « Moi, je ne sais rien, et pour cause,
Car ce jour-là j'avais osé,
Loin des regards conduire Rose… »
— « Chut ! n'insultez pas l'accusé ! »
— « Pierrot la preuve vous terrasse ;
Par vos mains le sang fut versé
— « Vous en avez menti !… » — « De grâce !
N'insultez donc pas l'accusé !
Dans tous les yeux brille une larme,
Le Président s'est reposé,
Et, plein de respect, un gendarme,
Passe sa chique à l'accusé,