Pieusement

By Émile Verhaeren

Written 1887-01-01 - 1887-01-01

La nuit d’hiver élève au ciel son pur calice.

Et je lève mon cœur aussi, mon cœur nocturne,

Seigneur, mon cœur ! vers ton pâle infini vide,

Et néanmoins je sais que tout est taciturne

Et qu’il n’existe rien dont ce cœur meurt, avide ;

Et je te sais mensonge et mes lèvres te prient

Et mes genoux ; je sais et tes grandes mains closes

Et tes grands yeux fermés aux désespoirs qui crient,

Et que c’est moi, qui seul, me rêve dans les choses ;

Sois de pitié, Seigneur, pour ma toute démence,

J’ai besoin de pleurer mon mal vers ton silence !…

La nuit d’hiver élève au ciel son pur calice !