Pitié

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Eh ! pourquoi ces clameurs, cet effroi, ces prières ?

Va-t-il pour me troubler, franchir quelques barrières ?

Songe-t-il si par lui mon sort fut triste… et doux ?

Si mon cœur est paisible, ou volage, ou jaloux ?

Jamais de sa couronne une feuille légère

Cherche-t-elle ma vie à sa vie étrangère ?

Son nom seul fugitif et parfois caressant,

Porté vers l’avenir, me salue en passant.

De lui, rien ! Peine affreuse et jamais exprimée !

Douleur toujours profonde et toujours renfermée !

Rapprochement cruel des jours purs et dorés,

Par ses regards, bien plus que des cieux éclairés,

Avec ces jours d’exil, d’abandon, d’amertume,

De regret qui déchire, et d’espoir qui consume !

Oh ! qu’il n’apprenne pas ces tourments infinis

Dont les cœurs trop naïfs sont raillés et punis !

Et puis, ce n’est pas lui, c’est l’amour qui me tue.

Il détacha son sort de ma vie abattue ;

À présent, je descends un rapide chemin,

Dans une sombre nuit où j’ai perdu sa main.

Il ne viendra jamais ; pourquoi le lui défendre ?

Je l’ai haï ; qu’importe ? A-t-il voulu l’apprendre ?

S’occupe-t-on toujours d’un danger qui n’est plus ?

Vers des échos muets que de cris superflus !

Ah ! je me fais pitié, je pleure sur moi-même,

Et je dis bien souvent : « Ce n’est plus lui que j’aime ! »